Récupération de garde : utopie ?
Depuis 3 ans, l’arrêté Colla limite à 24 heures la période de disponibilité ininterrompue du candidat spécialiste. Il stipule également que le maître de stage doit échelonner les activités d'une manière équilibrée sur la semaine de travail, du lundi matin au samedi midi, de sorte que la durée du travail du candidat spécialiste, à l'exclusion des gardes, s'élève au maximum à 9 heures par jour et à 48 heures par semaine de travail.
Cependant, dans la plupart des hôpitaux, il est fréquent que le nombre d’heures de travail du candidat spécialiste dépasse 48 heures par semaine comme il est fréquent qu’après une garde, on lui impose, malgré un état de fatigue avancé, de voir les patients de sa salle pour régler les problèmes importants et de partir quand il a fini son « tour » (en général vers midi, mais parfois plus tard si des patients ont posé problème).
L’article paru dans le New England Journal of Medecine du 17 octobre 2002 discute des implications sur la qualité des soins de la fatigue rencontrée chez les cliniciens et particulièrement chez le candidat spécialiste.
On peut y lire notamment qu’après une garde, le niveau de somnolence diurne est similaire ou même supérieure à celui d’un patient souffrant de narcolepsie ou de syndrome d’apnée du sommeil, que les performances après une journée de travail de 24h ininterrompues seraient équivalentes à celles sous l’emprise de 1gr d’alcool par litre de sang ! On y apprend également que plusieurs études ont démontré de manière univoque des troubles de l’humeur (dépression, anxiété, confusion) chez les candidats spécialistes dé privés en sommeil.
Pourquoi des dispositions ne sont-elles pas prises au sein des hôpitaux pour remplacer le candidat spécialiste au lendemain d’une garde ?
Est-il par ailleurs nécessaire pour la qualité de sa formation qu’il travaille plus de 55-60 heures par semaine ?
Pour certains, de nombreuses heures de travail et de gardes seraient nécessaires pour exposer les candidats spécialistes à un large spectre de cas. Ceci leur permettrait également d’acquérir « l’entraînement » nécessaire aux longues heures de travail qu’il auront en tant que résidents. Ces argument paraissent dérisoires : la fatigue due à une surcharge de travail peut avoir des répercussions graves sur la qualité des soins prodigués sans même évoquer la détérioration de la qualité de vie du candidat spécialiste.
Prétendre que ces longues heures de travail sont un passage obligatoire dans la formation d’un médecin (« on est tous passé par là ») n’est pas non plus justifiable.

D’autre part, certains soulignent les coûts et les difficultés d’organisation qui résulteraient d’une diminution du temps de travail des candidats spécialistes. Les hôpitaux publics rencontrent actuellement des problèmes financiers importants.
Pour rapporter de l’argent à l’hôpital, les spécialistes sont souvent obligés d’effectuer un maximum de prestations techniques et de remplir leurs cabinets de consultation. Ils sont donc moins disponibles pour s’occuper des patients en salle, travail qui est laissé à la charge du candidat spécialiste. Ils sont donc également moins disponibles pour remplacer le candidat spécialiste au lendemain d’une garde.
Rappelons qu’une partie des problèmes financiers rencontrés actuellement par les hôpitaux tient dans la durée trop longue des hospitalisations. Dès lors, laisser de jeunes candidats spécialistes tourner en salle sans supervision adéquate (parfois le lendemain d’une garde) amène inévitablement à prolonger les hospitalisations et souvent à demander des examens inutiles, coûteux pour la société et parfois néfastes pour le patient.
En conclusion, nous pensons que la diminution drastique, découlant du numerus clausus, du nombre de candidats spécialistes en 2004 ne fera qu’aggraver une pénurie de main d’œuvre déjà présente dans la plupart des hôpitaux. La surcharge de travail qui en découlera aura des conséquences néfastes sur la formation des candidats spécialistes et sur la qualité des soins.
Dans un contexte où les droits des patients font l’objet d’une loi depuis peu, que la qualité des soins est considérée par la population comme un droit indiscutable, Il est légitime que les moyens adéquats soient mis à disposition des médecins et des hôpitaux pour leur permettre de réellement prodiguer les soins attendus et exigés.
L'AMIF
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