Quelle médecine interne demain ? 55 ou 85 heures ?

La médecine progresse, les techniques permettent des diagnostics et des traitements plus précis ; la souffrance peut-être mieux soulagée, et il est possible d’amener plus de patients à la guérison. La bonne application de ces techniques prend du temps, l’enseignement de celles ci également. (C’est un des rôles des hôpitaux universitaires). La mission des hôpitaux et de la médecine est de procurer des soins de qualité, par des professionnels compétents à la population indistinctement des moyens financiers, des convictions philosophiques et religieuses de chacun.

 

Réfléchissons dès lors aux conséquences du numerus clausus :

Ce numerus clausus réduira drastiquement, c’est à dire de plus de moitié, le nombre de médecins diplômés chaque année en Belgique.

Il induit un climat de compétition pénible entre les étudiants qui exerceront ultérieurement une profession basée sur la solidarité entre les individus.

A l’issue des études un quota fixé empêchera un certain nombre d’étudiants de s’engager dans la spécialité qu’ils souhaitent : un certain nombre d’entre eux se verra même imposer une spécialité qu’ils n’ont pas choisis. Triste récompense après autant d’années d’études et d’efforts.

Alors qu’actuellement la licence de médecine interne à l’ULB essaie de prendre un maximum de jeunes médecins, à savoir près de 40 par année, d’ici 2 ans, le quota ne permettra de sélectionner que 10 jeunes médecins.

Pourtant on sait qu’actuellement il est déjà difficile pour les candidats résidents d’effectuer correctement leur travail :

    On attend d'eux d’effectuer au mieux le travail de salle en étant peu supervisé, d’assurer le rôle de garde de l’hôpital en ne leur laissant, dans la majorité des hôpitaux, pas la possibilité de récupérer après leur garde : ceci les amène à travailler souvent plus de 70 heures par semaine. Cela leur laisse peu de temps pour accroître leurs connaissances, améliorer leurs compétences en consultant des ouvrages de référence, en assistant à des séminaires ou en effectuant des travaux de recherche. (n’oublions pas qu’ils sont en formation).

 

 

 

Par ailleurs l’attente de la population vis à vis de la médecine est de plus en plus importante : l’erreur est de moins en moins tolérée (il doit y avoir un coupable), l’aléa thérapeutique est suspecté d’erreur médicale. Les limites de la médecine et donc des soins dispensés est parfois assimilé à de l’incompétence.

Il semble que la médecine qui était, il n’y a pas si longtemps, une chance est en train de devenir un dû.

Le niveau d’exigence des patients et de leur famille devient donc de plus en plus important.

N’est il dès lors pas important de donner aux jeunes médecins les armes et les moyens pour être à la hauteur de ce double défi, d’exigence et de qualité ?

 

Quelles vont être les solutions apportées par les hôpitaux à ce déficit d’une vingtaine de jeunes candidats résidents chaque année,en médecine interne dans le réseau de l’ULB ?

-Ouvrir les salles des hôpitaux aux médecins généralistes ? On entend déjà les généralistes dirent qu’il est absurde qu’ils adressent leurs patients à l’hôpital pour qu’ils soient pris en charge par leurs confrères généralistes.

-Engager plus de résidents spécialistes dans les hôpitaux ? Mais les hôpitaux quasi tous en déficit pourront-ils seulement assurer les surplus d’honoraires ?

Ne risque t’on pas de voir des hôpitaux publics fonctionnant avec de moins en moins de médecins surchargés, de jeunes médecins rêvant de pouvoir améliorer leur qualité de vie en allant travailler dans des hôpitaux privés (non pas qu’ils refusent d’assurer la mission sociale de leur profession, mais que l’on exige d’eux plus que ce qu’ils sont prêts à donner) ?

 

Voilà donc les fondements d’une médecine qui risque d’être de plus en plus à 2 vitesses. Publiquement la médecine à 2 vitesses est décriée, mais silencieusement les fondements de celle ci ont été renforcés ces dernières années.

 

Témoins de première ligne, en restant silencieux nous participons à cette évolution qui sera nuisible à un certain nombre de nos concitoyens (qui auront d’ailleurs bien raison d’être mécontents !).

Qu’y a t’il donc en jeu ? la qualité de la médecine de demain, l’accessibilité pour tous à des soins de qualité et aux progrès de la science, nos conditions de travail futur, le plaisir et la satisfaction à pratiquer cette profession.

 

L'AMIF

 

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