Le ras-le-bol des candidats spécialistes
Vincent Rocour

Mis en ligne le 26/03/2003
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Les postgradués en médecine spécialisée n'en peuvent plus.
Pour 50 pc d'entre eux, travailler 36 heures d'affilée serait monnaie courante.
A l'évidence, l'arrêté «Colla» - fixant des règles et adopté en 1999 - est peu respecté.

Jean-LUc Flémal

Avec l'adoption en 1999 d'un arrêté fixant leurs droits et leurs devoirs, on pensait que le sort des candidats en médecine spécialisée s'améliorerait considérablement. Cela ne semble pas être le cas. Surmenage, récupération impossible, gardes répétées. D'après certains témoignages, la situation n'aurait pas changé depuis trois ans. Et dans les hôpitaux, on prétend même qu'elle pourrait s'aggraver encore un peu plus à mesure que la limitation du nombre de médecins spécialistes produira ses effets. Il y a donc comme un ras-le-bol. Mais la résistance s'organise. Une association, l'Association des médecins internistes en formation de l'ULB (AMIF), a été créée il y a peu. Elle a décidé de porter le problème à la connaissance du plus grand nombre.« Ce que nous voulons, expose une gynécologue en formation, c'est trouver un moyen d'appliquer l'arrêté «Colla». Nos maîtres de stage ne sont pas de mauvaise volonté. La plupart du temps, ils nous comprennent d'ailleurs. Mais cela ne va plus. C'est la qualité de notre formation et donc des soins qui est en jeu

Adopté en 1999, l'arrêté «Colla» - du nom du ministre de la Santé publique à l'époque - précise notamment que le postgradué ne peut pas travailler plus de 48 heures par semaine dans son service de stage et qu'il doit pouvoir se reposer pendant 12 heures après une garde de 24 heures. Mais ces règles ne sont pas respectées. Un sondage réalisé par l'AMIF auprès de 15 services de stage révèle qu'un tiers des candidats spécialistes seulement «récupèrent» directement après leur garde. Et que près de 50pc d'entre eux poursuivent leur travail après leur nuit de garde jusqu'en fin de journée. Il n'est pas rare qu'ils restent 36 heures sans dormir. « Vous pouvez imaginer notre état après cela », soupire Jean-Christophe Goffard (AMIF). Il y a 8 ans, un stagiaire de l'ULg qui rentrait chez lui après avoir travaillé 36 heures d'affilée est mort dans un accident de voiture. Son souvenir est inscrit à l'encre indélébile dans les mémoires étudiantes.

Manque de bras

C'est le manque d'effectifs qui est avancé dans les hôpitaux pour expliquer la difficulté à respecter les règles émises en 1999. Un manque qui sera bientôt d'autant plus criant que le nombre de médecins en formation est désormais soigneusement compté.

La situation n'est toutefois pas la même partout. En Flandre, l'arrêté «Colla» semble ainsi mieux respecté qu'ailleurs. De même, il y a des variations d'une spécialisation à l'autre. Dans les services de pédiatrie, les règles semblent assez bien appliquées. C'est probablement lié au fait que le risque de procès y est plus élevé. Mais le sort des candidats spécialistes en médecine interne (cardiologie, pneumologie, etc.) est beaucoup plus délicat. Quant à celui des chirurgiens ou des gynécologues, il serait carrément exécrable.

Les médecins en formation reconnaissent cependant que « pour eux au moins, il y a un arrêté qui fixe des limites » et que si leur sort est peu enviable, celui des médecins en place pour lesquels « il n'existe aucune règle de ce type » l'est parfois encore moins.

© La Libre Belgique 2003

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