Mercredi 7 mai, les post-gradués partent en grève


Les candidats spécialistes crient « attention danger ». Certains prestent près de 30 heures d'affilée. Et leur nombre se réduit comme peau de chagrin suite au numerus clausus. La conséquence à moyen terme pourrait être la fermeture de certains hôpitaux notamment publics et le développement d'une médecine à 2 vitesses. Le 7 mai, ils partiront en grève.

Dès 2004, le numerus clausus commencera à être concrètement d’application. Il ne suffira plus d’être diplômé pour exercer au sein de l’ Inami, encore faudra-t-il rentrer dans les quotas attribués par le Fédéral. Théoriquement, la mesure est bénéfique, y compris pour les candidats-spécialistes actuellement en formation.  Ils possèdent déjà leur numéro Inami ; dès lors, la limitation de l’offre devrait diminuer la concurrence et les mettre en position de force pour exiger des revalorisations salariales.

Toutefois, la situation actuelle des médecins de première ligne dans les hôpitaux laisse craindre le développement rapide d’une pénurie intra-hospitalière et augure de problèmes de santé publique.  Ceci n’est évidemment pas nouveau.  La situation lancinante des « PG » et dénoncée depuis des années par les intéressés (lire notamment Intra-Muros de mars 1997).

« Les jeunes médecins travaillent souvent plus de septante heures par semaine.   La loi ne nous autorise qu'à prester 24 heures d'affilée, ce qui est déjà beaucoup", explique le Dr Jean-Christophe Goffart, l'un des fers de lance du mouvement de ras-le-bol et membre de l'Amif (Association des médecins internistes en formation de l'ULB). "Une étude du New England démontre que cela correspond à un gramme d'alcool dans le sang. On ne peut pas conduire avec un tel taux mais on peut soigner nos patients! Pire : cette loi, émanation de l’ancien ministre Colla, n’est pas applicable sur le terrain, obligeant de nombreux PG à prester près de 30 heures d’affilée ».

Médecine à deux vitesses

Qui plus est, les post-gradués  craignent que la réduction drastique des "petites mains" qu'ils constituent (en fait avec un numéro Inami et pleinement responsables de leurs actes) n'entraîne à court terme une augmentation de la charge de travail des spécialistes installés (pour lesquels aucune limite d'heures n'existe) et, à moyen terme, la disparition de services voire d'hôpitaux, faute de combattants.  Pour l’Amif, « la qualité de la médecine hospitalière risque donc d’être mise à mal par les nouvelles limitations : fermeture de services pour faute de personnel, horaires ingérables, rôles de garde impossibles à compléter…des listes d’attente importantes se créeront, avec un accès préférentiel pour les patients capables d’assumer des honoraires privés.  L’apparition d’une médecine à deux vitesses semble inévitable.   D’autre part, la recherche médicale risque de souffrir de l’absence de candidats-spécialistes : trop peu nombreux pour assurer les tâches cliniques, ils ne leur sera plus donné l’occasion de se consacrer à la recherche fondamentale lors de leur cursus».

L’Amif s’étonne également de la volonté du gouvernement « d’augmenter les normes d’encadrement alors que personne ne peut plus les appliquer ».  C'est notamment le cas en oncologie, rappelle un PG. "On ne trouve plus d'oncologues. Ils rapportent trop peu. On préférera toujours un gastro-entérologue qui peut faire des actes techniques, voire même de l'oncologie."

"Tous ceux qui l’ont connu le reconnaissent: par les horaires de travail qu’il impose, le post-graduat est un chemin de croix.", écrit Samy Place, président de l'Amif. "L’apparition il y a 3 ans de « l’arrêté Colla », limitant entre autre la période de disponibilité sur place à 24 heures n’a pour l’instant bénéficié qu’à une minorité. Des barrières liées aux effectifs insuffisants mais aussi parfois à la mauvaise volonté de certains limitent son application."

C'est pourquoi les PG partent en grève le 7 mai prochain, « journée sans post-gradués ». « Cette journée aura pour but de conscientiser l'opinion publique, les politiciens, de même que tout le personnel de soins de santé par rapport aux conditions de travail pénibles des candidats spécialistes, conséquence d'une pénurie de personnels soignants. »

Le même jour, une conférence-débat sera organisée réunissant des orateurs de différents horizons.


N.d.P.

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